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17.04.2008

Adieu Aimé Césaire

1337813021.jpgPartir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?


Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes traquées de machines tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux d'un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme j'aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes




Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

Aimé Césaire

10.04.2008

Les concours de lâcheté

1137655979.jpgMadame Kosciusko-Morizet a eu le bon mot pour définir l'esprit du moment, un concours de lâchetés.  A l'instar de Rama Yade elle semble ne pas avoir intégré entièrement la nécessité de la soumission dans le verbe et la langue de bois d'usage. Resteront-elles au gouvernement ou se feront-elles virer comme le furent en leur temps les juppettes ? M. Kouchner, ex-radical, ex-socialiste, ex lui-même (*), est volé au secours de la dictature de Pekin quand Madame Yade a osé parler de conditions pour la présence de la France a la cérémonie des jeux de la honte, il a de bonne chances de gagner ce concours. Cela fait un peu mal de voir cet homme que nous avons tant apprécié tomber si bas: Que Bernard Laporte ou Nadine Morano ridiculisent la République ne racontant n'importe quoi, on en prend l'habitude, mais lui cela passe moins bien !  

Le parcours cahotique et passablement burlesque de la flamme olympique à Paris m'a rempli de joie. Bravo à tous les manifestants, à reporters sans frontières (qui n'est pas comme l'affirme le Réseau Voltaire une officine de l'impérialsime US ...), aux élus parisiens pour avoir affirmé que la libertés des peuples vaut plus qu'une compétition sportive.

Dans le concours de madame Kosciusko-Morizet, le comité international olympique n'aura pas de prix. Eu égard a son passé, il est définitivement hors concours !

Je regrette toujours autant que le Conseil régional du Centre n'ait pas voté le voeu concernant le Tibet que lui proposaient les Verts. J'en recherche toujours les raisons, osant tout de même espérer que les voyages en Chine ou les perspectives d'exportation de vins de la région n'y sont pour rien. Il y a bien assez de compétiteurs dans le concours de lâcheté !  

 

  

 

01.04.2008

Bienvenue chez les faux-culs

229975081.jpgIl a fallu que quelques supporters un peu plus bourrins que la moyenne (bienvenue chez les cons, comme disait Libé), sortent de leur poche la méga banderole que personne n'avait vue entrer, la dite banderole traitant de façon peu amène les habitants du Nord-Pas de Calais en paraphrasant le film populaire dont on nous rebat les oreilles (pour parler poliment) depuis quelques semaines, pour que les "officiels", Président et ministre en tête s'avisent qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du foot. 

Il est vrai que jusqu'ici, les nazillons de tribune se contentaient d'insulter les arabes et de pousser des cris de singe devant les noirs, voire d'inviter les phocéens à aller se faire voir chez les hellènes. Mais qu'ils insultent des "français innocents", comme disait Raymond Barre, voilà que l'on s'émeut enfin, peut-être un peu tard !

Pas facile de faire plus hypocrite !

 

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