19.11.2008
Tarnac, pseudo-terroristes et vrais pieds nickelés
J’ai hésité avant d’écrire ce petit mot sur les présumés auteurs d’acte de « sabotage » contre des installations ferroviaires ; Travaillant à la SNCF et détestant le mélange des genres, je craignais que ce blog ne franchisse certaines frontières que je lui ai données.
Maintenant que « l’affaire » a dépassé le cadre professionnel, je me sens libéré de cette obligation de réserve. Notons toutefois qu’on a entendu un secrétaire d’état accuser l’entreprise ferroviaire nationale et historique d’incurie, et que certains laissaient ensuite entendre que, horresco referens, des cheminots, et plus particulièrement des syndicalistes (On dirait le Sud, en quelque sorte) devaient être impliqués, du fait des connaissances techniques supposées indispensables aux actions incriminées.
L’accusation a changé de registre, sans d’ailleurs s’excuser auprès des cheminots, syndicalistes ou non. Ce serait désormais un groupe de dangereux terroristes cachés, non dans les lointaines montagnes d’Afghanistan, mais sur le plateau de Millevaches (ce qui signifie mille sources pour ceux qui penseraient y faire de l’élevage bovin) qui serait l’auteur des « sabotages » de caténaires.
Ce qui est très ennuyeux, c’est d’abord que les preuves à leur encontre semblent minces… pour ne pas dire inexistantes, et surtout que le délit est qualifié de terrorisme, ce qui est pour le moins abusif.
Certes les auteurs de tels méfaits (et donc pas forcements les susdits résidents de la commune de Tarnac) sont de fieffés abrutis, mettant en danger la vie des autres, et la leur pour commencer car on se demande par quel miracle ils n’ont pas pris un bon coup de jus qui leur aurait été fatal. Mais notre code pénal est plein de qualifications beaucoup plus idoines que celle de terrorisme pour de tels agissements de pieds nickelés.
Cela nous rajeunit, hélas. Le plus anciens se souviennent de la paranoïa d’un Marcellin, ministre de l’intérieur dans les années 70, qui voyait des complots subversifs partout, les un peu plus jeunes des débuts du Mitterrandisme ou l’on plaça des armes chez des « terroristes irlandais » auxquels même l’inflexible Madame Thatcher ne cherchait noise afin de mieux les confondre. L’insistance de la ministre de l’intérieur actuelle sur l’ultra-gauche, ses mouvances et autres nébuleuses (à laquelle d’ailleurs on laisse entendre que le parti de Besancenot pourrait être associé, ce qui est cocasse quand l’on sait toute la bienveillance dont il a été l’objet récemment de la part des grands médias) sent le vieux, pour ne pas dire le moisi.
M’agace aussi la lourdeur avec laquelle est décrite la commune de Tarnac comme un lieu bizarre où seuls de dangereux malfaiteurs peuvent souhaiter s’installer, tenir une épicerie et participer à la vie associative locale… Je connais assez peu la Corrèze (et encore moins Tarnac d’ailleurs), mais ce sont à ma connaissance un de nos départements et une de nos 36 000 communes, où chacun est libre de s’installer et vivre comme il veut ! (Il semble toutefois que le maire connaisse Gramsci, c’est tout à son honneur et plus très courant).
Bref espérons que la justice se ressaisisse, que l’on se calme un peu et que l’on cesse surtout des n’instruire qu’à charge y compris dans la presse et à la télévision.
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Commentaires
Salut, et bravo pour ce commentaire.
Quelles couleuvres veut-on nous faire avaler. Peut-être que bientôt tous les blogueurs engagés seront considérés aussi comme des dangereux activistes. La France est de moins en moins une démocratie où règne la liberté d'expression de convictions, et où même la presse s'auto-censure.
On ne peut présumer de rien concernant ces jeunes de Tarnac, mais justement pour cela ils ont droit comme tout le monde à la présomption d'innocence.
Pour que la justice ne soit pas un vain mot
Gilles
Ecrit par : Gilles | 19.11.2008
Il est des moments où nous sommes totalement en phase et celui-ci en est un !
Merci au passage pour la précision toponymique et éthymologique quant au plateau des Millevaches car il n'y a rien de plus exaspérant que cet exemple d'incongruités engendrées par l'obstination à traduire en français les noms d'autres langues.
Mais par contre au risque de te décevoir les linguistes occitans s'arrachent les cheveux pour trouver l'éthymologie exacte de ce fichu plateau, désormais repère de hordes gauchisantes !
Il faut dire qu'entre 41 et 44 il paraît, selon d'autres gouvernants français, que c'était un repère de "terroristes bolchéviques"... un atavisme régional en quelque sorte !
Pourvu que le mari de Carla ne s'arrête pas à Oradour pour faire un show militaire avec ses les bérets rouges de Carcassone qui ne seraient pas en Afganistan...
Ecrit par : Domenge Salgon | 20.11.2008
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